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Contributions
#39
À Maurepas, le poète
a pris ses quartiers
RÉSUMÉ > L’actualité du poète Yvon Le Men est dense. Alors que l’année 2015 fut marquée par sa résidence d’écrivain dans le quartier de Maurepas et par le procès (perdu) qui l’opposa à Pôle emploi, le poète publie en ce début d’année trois livres dont Les Rumeurs de Babel, long poème né de son aventure à Maurepas et dont nous publions un extrait.

     Des déboires judiciaires. La décision est tombée fin novembre. Yvon Le Men devra rembourser 30 000 euros à Pôle emploi, lequel lui avait subitement contesté le statut d’intermittent du spectacle dont il bénéficiait fort logiquement depuis 1988, lui qui n’a cessé depuis quarante ans de sillonner le pays pour dire en public sa poésie et celle des autres. Rude épreuve pour un écrivain à la sensibilité écorchée qui exprima son émoi dans un livre, En fin de droits. Il a pourtant décidé de ne pas faire appel de la décision qui l’accable et le ruine.

     La résidence à Maurepas. Heureusement, 2015 fut pour lui un moment de belle humanité. De février à mai il fut au contact des habitants de ce quartier rennais souvent perçu comme miné par le mal vivre et la pauvreté. Depuis son appartement HLM, entre les tours, il mit en pratique son adage : « Va à l’étranger, comme chez ton ami et chez ton ami, comme à l’étranger ». Rencontres et ateliers avec des voisins, des personnes âgées, des écoliers ; conversations, animations, collecte de paroles, de toutes ces expériences émerge une vision ni rose ni noire de la diversité de Maurepas que le poète traduit dans un long poème plein d’écoute et de clarté. L’aventure n’en reste pas là et se développera tout au long de 2016 notamment avec d’autres acteurs amis sollicités : l’écrivaine Thérèse Bardaine écrira, le chanteur Elie Guillou chantera et le poète tunisien Tahar Bekri parlera de civilisation musulmane.

      Trois livres à paraître. Les Rumeurs de Babel, c’est le titre du livre-poème sur Maurepas qu’Yvon Le Men publie à la mi-février chez l’éditeur Dialogues avec de très belles illustrations d’Emmanuel Lepage, saisies sur le vif du quartier. Tirer la langue paraît en février, chez l’éditeur La Passe du vent. Il s’agit là aussi d’une résidence rennaise, mais au sein de la direction de la culture au Conseil régional de Bretagne. Le poète y découvre la parole « souvent incompréhensible », « en circuit fermé » qui, selon lui envahit le domaine public. Pourtant les fonctionnaires n’ont pas été choqués par le diagnostic poétique posé sur eux. Enfin Une île en terre, ce recueil d’Yvon Le Men paraît début janvier chez l’éditeur Bruno Doucey. C’est un livre de poésie intime où le poète évoque son pays, son hameau, son père, sa mère, les livres lus et les fines sensations de l’enfance.